Mortelle Renaissance

25,00  TVA incluse

Mortelle Renaissance mêle l’histoire de la Renaissance a une intrigue qui plonge rapidement le lecteur dans un univers fantastique.
Véritable OVNI dans la littérature par son côté interactif (le lecteur peut scanner des QR Codes pour entendre des dialogues ou découvrir une carte sur son téléphone portable), ce roman prend pour décor une fête costumée axée sur la venue de François 1er à Villeneuve-Loubet, ville de la Côte d’Azur et plonge le lecteur dans une intrigue où les morts étranges et le mutisme des habitants crée un suspense allant grandissant jusqu’à un incroyable dénouement. Ingrédients : Léonard de Vinci, Auguste Escoffier, Pierre et Marie Curie, François 1er. Avec cette recette, impossible que vous arriviez à trouver le dénouement de l’intrigue !

 

263 pages

ISBN : 979-10-91748-11-7

Auteur : Georges Vigreux

Éditeur : Éditions La Pépinière

Date de publication : Juillet 2016 (1ere édition)

Dimensions : 21,5 x 15,5 x 2,2 cm

Poids : 535 g

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Description

Un village de la côte d’Azur reconstitue la venue de François 1er lors de la Renaissance. Un des villageois a disparu et laissé à son fils Marco des indices sous forme de QR Codes pour qu’il le retrouve. En remontant sa piste, le jeune homme va être témoin de morts étranges et se confronter à des chevaliers, des soldats, des nobles de la cour du roi qui semblent tous confondre leur rôle avec la réalité. Le roman est interactif : vous pouvez vous aussi analyser les indices et résoudre les énigmes à l’aide de votre téléphone portable. Un thriller passionnant et interactif entre Renaissance et nouvelles technologies !

Ce roman est la nouvelle version de Mortelle Renaissance. L’histoire a changé, plus riche en énigmes et en personnages, avec une fin qui va encore plus loin dans le fantastique. Les éléments historiques et scientifiques ont été renforcés et enrichis d’illustrations. Le livre lui-même a pris l’aspect d’un ouvrage ancien, avec une couverture cartonnée, un papier bouffant et même un marque-page en ruban rouge, pour vous offrir un bel objet qui pourra fièrement s’insérer dans votre bibliothèque.

L’histoire est romanesque mais apporte de nombreuses connaissances scientifiques et historiques glissées dans l’intrigue. Un livre pour les adolescents et les adultes qui savent encore rêver.

Vous pouvez consulter un extrait du roman Mortelle Renaissance au format ePub.

Voir la présentation en vidéo du roman Mortelle Renaissance sur YouTube

Lire le début du roman

                                                                                 I.          L’étrange lettre

Marco consulta une nouvelle fois l’agenda de son ordinateur portable. Mardi 2 août 2016, 16:34. 32° C. Le taxi longeait la mer et venait de dépasser le fort Carré à la sortie du port d’Antibes. La plage de galets sur sa droite était saturée de touristes en train de cuire au soleil.

Il fit glisser son doigt sur l’écran tactile pour relire une nouvelle fois le courrier que lui avait envoyé son père la semaine dernière et qu’il avait scanné. Cela restait un mystère. La façon même dont le message lui était parvenu était un mystère. Il avait été posté à Marseille. Or Marco savait que son papa n’aurait jamais pu aller aussi loin de chez lui. Il souffrait d’une phobie des voyages l’empêchant de s’éloigner de plus de quelques kilomètres de Villeneuve-Loubet.

C’était même la raison principale qui avait poussé sa mère à demander le divorce quatorze ans plus tôt, alors qu’il n’avait que quatre ans. Elle voulait remonter à la capitale, voyager, rencontrer du monde et il ne pouvait même pas envisager de prendre le train.

Alors, qui avait bien pu poster ce message depuis Marseille ? Et pourquoi ne pas l’avoir tout simplement envoyé depuis Villeneuve-Loubet ?

Marco, mon chéri,

Tu sais à quel point ton absence m’est pesante et ô combien j’aimerais te voir près de moi. Je sais que tes études d’informatique t’obligent à rester à Paris. Tu viens d’avoir tes dix-huit ans et je m’étais promis de te révéler un important secret à ta majorité.

Je pense avoir enfin trouvé le moyen de voyager sans tomber malade, mais on ne veut pas me laisser partir. Je suis surveillé. Mon téléphone est certainement écouté et mon courrier probablement filtré. C’est pourquoi j’ai usé d’un stratagème pour t’envoyer cette lettre.

Il faut que tu viennes me rejoindre le plus vite possible. Ne te fie à personne, pas même à la police locale. Il ne sert à rien que je te résume ici tout ce que j’ai à te dire. Le secret que j’ai à te transmettre est tellement extraordinaire que tu ne me croirais pas.

CNmm5 j5 t5 s€¯s f5ra d5 nNav5ll5s t5chnNlNg¯5s, j’€¯ at¯l¯s5 ¯nt5rn5t pNar t’€¯d5r € 5n p5rc5r l5s m$st5r5s.

Tu trouveras chez moi suffisamment d’indices qui te mettront sur la bonne voie. Ainsi, tu pourras juger par toi-même et non pas me croire sur parole. Ne préviens pas les autorités judiciaires (je soupçonne celles de Villeneuve-Loubet d’être impliquées).

Quand tu liras cette lettre, j’aurai probablement disparu, mais ils ont besoin de me garder en vie. Fais très attention à toi, car ils sont très forts et très organisés. Ne t’approche surtout pas du château tant que tu n’auras pas résolu toute l’énigme : ta vie serait en danger.

Ton père qui t’aime par-dessus tout.

 

Geoffroy di Ventile.

 

Marco fronça les sourcils, parcourant une nouvelle fois le texte manuscrit. C’était bien l’écriture de son père, aucun doute là-dessus et la signature était la même. Une partie du texte était crypté.

Marco reconnut là une des petites manies de son père, fervent admirateur de Léonard de Vinci. Il aimait bien coder ses écrits, plus par jeu que par souci du secret.

Il lui répétait souvent que cela lui aiguisait l’esprit.

Marco regarda une nouvelle fois la lettre : le cryptage était on ne peut plus simple. Visiblement, seules les voyelles avaient été remplacées par des symboles. Il s’arma d’un stylo et entreprit de décoder le message. (NDL : Essayez de décoder vous-même le message en remplaçant les symboles par des voyelles).

Son taxi s’approchait maintenant de la marina de Villeneuve-Loubet, reconnaissable à ses grands immeubles blancs en forme de pyramides. Au loin, les sommets des Alpes italiennes se découpaient sur le ciel azuréen parsemé de petits cumulus.

Marco essaya une nouvelle fois d’appeler son père. Son portable ne répondait toujours pas. Il essaya son téléphone fixe. À sa grande surprise, quelqu’un décrocha presque aussitôt. Il reconnut immédiatement la voix au fort accent marseillais. C’était Clotilde, la voisine.

— Allo, Marco ? O coquin de sort ! C’est bien toi, mon petit ?

— Bonjour Clotilde. Je n’arrive pas à joindre mon père ? Il se passe quelque chose ?

— Peuchère, si je le savais ! Il y a un fada qui a mis la ouaille[1] ici !  Tu verrais ce pastis[2] !

— Comment ça ? Il lui est arrivé quelque chose ?

— Calme-toi, pitchoun ! J’ai regardé partout : ton père n’est pas là. J’espère qu’il n’a pas fait le jobastre[3] !

Marco regarda par la vitre du taxi. Ils arrivaient au vieux village. Ils franchirent le pont fleuri qui enjambait le Loup, passèrent près des rues piétonnes dont les petites maisons aux pastels bigarrés s’empilaient en tous sens. Elles étaient décorées de tentures anciennes ornées de blasons Renaissance.

Tous les panneaux de signalisation ou de publicité avaient été habilement camouflés de toiles de jute pour occulter leur côté trop moderne.

La circulation avait été interdite dans tout le village. Marco aperçut des gens costumés qui se déplaçaient à cheval et d’autres, aux tenues plus modestes, qui déambulaient à pied. Le contraste entre ces gens costumés et la foule des touristes venus profiter du spectacle était saisissant, mais Marco était bien trop préoccupé par ce qui était arrivé à son père pour y prêter attention.

Le taxi accéléra dans la montée de l’avenue de la Libération.

— J’arrive, Clotilde ! Mon taxi est au bas du village !

— Dépêche-toi, Marco. On dirait que ton père s’est fait escaner[4] !

Le taxi arriva enfin en haut de la rue Escoffier, après avoir longé les remparts du château. La rue avait été interdite à la circulation, bloquée par une barrière qui marquait la limite entre le monde moderne et ce village reconverti à la période Renaissance.

L’esprit plein d’angoisse, Marco régla sa course, attrapa son sac à dos et dévala en courant la rue Escoffier jusqu’à la maison de son père.

Il ouvrit la porte d’entrée. Elle donnait sur un escalier qui montait directement vers le premier étage de la demeure. Une seconde porte fermait le haut de l’escalier.

1 :  entourloupe

 

                                              II.          Kidnapping ou disparition ?

La maison était en désordre. Sur la table de la salle à manger trainaient encore quelques couverts, une casserole avec des restes de nourriture et un quignon de pain. Ce n’était pas dans les habitudes de son père, plutôt méticuleux de nature.

Entendant du bruit dans la chambre de son père, il s’y précipita et tomba nez à nez avec Clotilde.

Elle était penchée par la fenêtre ouverte aux volets mi-clos et observait la rue. Elle sursauta et se retourna vers Marco.

— Ah, mon pauvre pitchounet ! Je suis bien contente que tu sois arrivé ! Vé ! Dans quel état est la maison !

— Que s’est-il passé, ici ? Vous êtes là depuis combien de temps ?

—  Ô pauvre ! Depuis que j’ai entendu ton message ce matin, sur mon répondeur. Ça m’a tellement boulé[5] que je suis venue ici de suite.

Il sortit de la pièce, traversa le couloir pour entrer dans le salon et regarda un peu partout. On avait fouillé tous les meubles, vidé les tiroirs au sol… Cela ressemblait visiblement à un cambriolage. De plus en plus inquiet, Marco continua à explorer les pièces de la maison, la vieille dame sur les talons.

— Je ne veux pas t’inquiéter, mon pauvre pitchoun, mais on dirait bien que quelqu’un est venu emboucaner[6] ton père. Regarde le désordre sur son bureau… Vé ! Et tous ces livres qui manquent dans la bibliothèque…

Il leva les yeux pour regarder le meuble. Effectivement, il semblait manquer plusieurs ouvrages dans les rayons, comme si quelqu’un était venu chercher quelque chose de bien précis. Il prit le temps de lire quelques titres des épais ouvrages que possédait son père.

La plupart concernaient la gemmologie : Traité international des pierres précieuses, Bible des cristaux rares, l’Abécédaire de la bijouterie

Certains de ces livres étaient signés de son père : Geoffroy de Ventile.

Plusieurs remontaient au XVIe siècle et avaient été rédigés par des moines. Il y avait même un exemplaire rare du Voyage des Princes Fortunés, un roman alchimique de Béroalde de Verville, le véritable auteur du Livre des Figures Hiéroglyphiques attribué à tort à Nicolas Flamel, le célèbre alchimiste français.  De vrais trésors que n’importe quelle bibliothèque aurait aimé posséder.

Geoffroy était un spécialiste reconnu. Il avait travaillé pour de grands joailliers, mais devait se contenter de donner son expertise à distance ou bien d’écrire des livres de référence, à cause de cette phobie du voyage qui lui interdisait toute utilisation du train ou de l’avion.

Se pourrait-il qu’on l’ait enlevé à cause de son métier ? se demanda soudain Marco en continuant à détailler la pièce.

— C’est bizarre… On n’a pas touché aux pierres posées sur son bureau. Elles ont pourtant de la valeur et il manque d’autres choses : je ne retrouve pas son agenda, par exemple…

— Son agenda ?

— Un gros carnet recouvert de cuir rouge. Il y notait tout. C’était une vraie manie. Le moindre rendez-vous, la moindre chose à faire. Un truc relié à l’ancienne…

— Il l’a peut-être laissé dans une autre pièce ? suggéra Clotilde en entrant dans la cuisine.

Marco la suivit. La pièce était aussi en désordre. Des restes de poulet achevaient de se dessécher dans un plat posé sur le poêle à bois. Le réfrigérateur bourdonnait dans son coin. C’était un modèle de collection, breveté par Albert Einstein en 1930 et qui fonctionnait avec de l’ammoniac et surtout, sans avoir besoin d’électricité. Son père l’avait perfectionné et songeait à le commercialiser.

Marco sortit de la cuisine et revint dans le couloir de l’entrée.

— J’ai regardé en entrant : la serrure de la porte d’entrée n’a pas été forcée. Mon père s’enfermait toujours, à cause des pierres. C’est donc lui qui a ouvert à ses visiteurs.

— Fan de chichourle[7] ! Tu crois qu’on l’aurait enlevé ? Mais ma maison est juste en face. J’aurais entendu quelque chose…

— Mon père fait 1,84 m et pèse une bonne centaine de kilos. Je ne le vois pas se laisser faire sans résister. Et il n’y a aucune trace de lutte…

— Fatche[8] ! On l’aura peut-être menacé avec une arme ?

— Ou la personne était une connaissance et lui a demandé de le suivre…

— Et il n’a pas essayé de te contacter ? s’enquit Clotilde, étonnée.

Marco hésita une fraction de seconde. Devait-il lui faire confiance ? Son père lui avait bien recommandé de ne parler à personne de sa lettre. Pour éviter un mensonge, il opta pour une échappatoire.

— On ne se parle pas souvent, lui et moi. Tout va tellement vite à Paris… L’université me bouffe tout mon temps. Et quand je rentre le soir, je suis crevé…

— Vé ! Ton paternel me parle très souvent de toi. Tu lui manques énormément. À chaque fois qu’on se croise dans la rue ou que je lui apporte son courrier, il me raconte ce que tu fais, tes projets… Tu comptes beaucoup pour lui, mon pauvre pitchoun.

Marco sentit une boule se former dans sa gorge et toussa pour se donner une contenance. Il n’aimait pas trop revenir sur ce sujet, surtout avec une personne étrangère à la famille.

— Je sais, Clotilde, mais il faut bien que je fasse mes études.

— Oh pauvre ! Il ne te reproche rien, tu sais ? Il est très fier de toi et des études que tu fais. C’est juste qu’il aimerait bien te voir plus souvent.

— Il n’était pas déprimé, au moins ?

Clotilde tira un peu sur ses lunettes de façon à le regarder par au-dessus, la tête baissée de côté.

— Qu’est-ce qui te travaille, mon petit ?

— Je ne sais pas… Il aurait pu avoir un coup de blues et décider de partir faire un tour… Cela m’arrive bien à moi de vouloir péter les plombs, de temps en temps.

— Ton père est tout sauf un fada. Ne va pas t’imaginer qu’il serait allé s’escagasser[9] dans un coin. Tu comptes beaucoup trop pour lui !

Marco hocha la tête. Il le savait bien. Entre hommes, les silences remplacent parfois les longues confidences, mais malgré cela, ils avaient déjà pu se dire beaucoup de choses sur ce manque qui existait entre eux. Difficile, quand on est devenu un grand gaillard de dix-huit ans, d’expliquer ce que ressentait avant, un petit garçon de quatre ans qui ne voit plus son père venir le border tous les soirs ou lui tenir la main pour aller à l’école. Du côté du père, la blessure avait été si forte qu’il n’était toujours pas capable d’en parler, des années après.

Marco se rappelait très bien le jour où, devenu suffisamment grand, il avait osé demander à son père pourquoi celui-ci n’était pas tout simplement venu le rejoindre à Paris.

L’adolescent avait dû s’y prendre à plusieurs fois pour contrôler le tremblement de sa voix. Il y avait eu un long, très long silence au bout du fil, puis Marco avait clairement discerné des sanglots que son papa essayait d’étouffer. Enfin, la communication avait été coupée.

Marco avait très mal vécu ce qu’il considérait comme un manque de courage et avait mis quelques jours à pardonner à son père. Il avait fallu plusieurs courriers de celui-ci et de longues explications sur ce qu’était cette phobie du voyage, pour qu’il accepte enfin de répondre à ses appels téléphoniques.

Un jour (Marco allait fêter son quinzième anniversaire avec sa mère), l’adolescent avait eu l’immense surprise d’entendre son père dire qu’il allait monter à Paris pour se faire hospitaliser. Rien de grave selon lui, mais seul un chirurgien parisien pouvait intervenir.

La suite avait été confuse. Il était arrivé en brancard, déjà sous sédatifs et avait été conduit directement à la Pitié-Salpêtrière. Marco avait pu venir voir son père dans sa chambre d’hôpital. Il avait l’air vieux et affaibli, mais était heureux comme un fou d’avoir pu faire venir un gâteau dans sa chambre pour l’occasion. Sa maman avait exceptionnellement accepté d’être présente et Marco avait pu souffler ses quinze bougies en compagnie de ses deux parents.

Sa joie avait été de courte durée : quelques heures après sa visite, il avait été redescendu d’urgence à Nice par avion sanitaire, écourtant son séjour à l’hôpital suite à des malaises à répétition. Fou d’inquiétude, Marco avait appelé son père plusieurs fois par jour durant la semaine qui avait suivi, mais celui-ci avait mystérieusement recouvré toutes ses forces très rapidement et ne parla plus jamais de se faire opérer à Paris.

Des années plus tard, Marco n’avait toujours pas clairement compris les tenants et les aboutissants de cette histoire. Cette opération était-elle un simple prétexte pour monter à Paris ? Toujours est-il que cela avait été la seule et unique fois que son père avait pu tolérer un voyage aussi long.

Lorsqu’il était enfant, Marco ne croyait pas à ces histoires de phobie du voyage, mais en grandissant, il avait vu dans quel état son paternel était dès qu’il entreprenait le moindre séjour hors de Villeneuve-Loubet. Il se mettait à trembler, paniquait au plus petit bruit et subissait des migraines toujours plus violentes. Pire : il semblait prendre dix ans après chaque crise. Pourtant, il avait tout essayé : avaler des cachets pour voyager endormi ; prendre des euphorisants ; voir un spécialiste du stress ; suivre un traitement contre les phobies… Il n’y avait rien eu à faire.

Marco n’avait plus osé demander à son papa qu’il vienne le rencontrer et s’était résigné à ce qu’il vive aux alentours du village, profitant des vacances scolaires pour venir lui rendre visite sur la Côte d’Azur.

Tout ceci pour dire qu’il était tout de même possible que Geoffroy ait fini par craquer face à de telles contraintes, mais Marco n’y croyait pas trop. La lettre que son père lui avait envoyée, visiblement via un intermédiaire, ne ressemblait absolument pas au courrier d’une personne dépressive.

— Je pensais juste à cette hypothèse par acquit de conscience, finit par dire Marco en continuant à explorer la maison.

— Fan de lune ! Je ne vois vraiment pas ton père se laisser aller ainsi. Il a quelques copains dans le village et va parfois se promener à moto dans les environs.

— Vous n’avez vu personne venir le rencontrer ces jours-ci ?

— À part le facteur, non, personne. Geoffroy travaillait du matin au soir, parfois comme un fada…

— C’est parce qu’il était en train d’écrire son prochain bouquin. Il n’aime pas se laisser déconcentrer dans ces périodes-là.

— Il ferait tout de même mieux de prendre du bon temps. C’est mauvais pour la santé de travailler autant à son âge… Dis-moi, pitchounet, il ne t’a vraiment rien dit, au téléphone ? Rien qui aurait pu te paraître bizarre ?

— Non. C’était juste comme d’habitude : il m’a posé des tas de questions sur ce que j’avais fait durant le weekend et puis il m’a parlé de son projet de livre… Rien de spécial.

Clotilde le scruta avec attention, guettant ses réactions.

— Je te demande cela parce qu’il y a eu des petits problèmes récemment à Villeneuve. Oh ! Rien de grave. Mais il aurait pu t’en parler…

— Des problèmes ? Quel genre de problèmes ?

— Des cagades[10] entre voisins. Tu sais bien… C’est toujours la même chose dans ces petits villages. On habite les uns sur les autres, alors forcément, de temps à autre cela pétarade.

— Mon père se serait disputé avec des voisins ?

— En fait, c’était avec moi. C’était juste une cacarinette[11] et on s’est vite réconcilié, mais il aurait pu t’en parler.

Elle se tut, laissant passer un long silence, le regard toujours à l’affût des réactions de Marco. Le jeune homme fit face à la vieille dame et posa ses poings sur les hanches.

— Clotilde… Vous ne me dites pas tout. Que s’est-il passé avec mon père ?

— Bon, si tu insistes. C’est une bête histoire de médicament. On m’avait livré un paquet avant-hier, mais je n’étais pas là, pour une fois, et cet ensuqué[12] de facteur me l’avait laissé sur l’escalier, au lieu de sonner chez ton père pour les lui confier, comme on le fait d’habitude.

— Et je parie que vous avez engueulé mon père !

— Vé… C’était important pour moi. J’ai de l’arthrose et ce médicament est préparé spécialement par un pharmacien. Ce sont de petites bouteilles dans un carton de cette taille, fit-elle en montrant une forme avec ses mains.

— Mais pourquoi me dites-vous cela ? Mon père n’a rien à voir là-dedans.

— Il est forcément passé devant mon paquet en rentrant ici. Il aurait pu le voir et me le conserver…

— Mais dans ce cas, il vous aurait prévenue, non ?

— Peuchère ! Bien sûr… Mais va savoir… Il ne t’aurait rien envoyé par La Poste, par hasard ?

Marco resta interloqué quelques secondes. Il venait de comprendre que si la vieille dame était montée à sa suite dans la maison de son père, ce n’était pas du tout pour s’enquérir de la santé du papa ou lui souhaiter la bienvenue. Elle se préoccupait visiblement bien plus de ce fameux médicament qui avait disparu. Serait-il possible que ce soit elle qui ait tout mis sens dessus dessous, ici ?

Il sentit la moutarde lui monter au nez.

— Clotilde ? Je suppose que vous avez eu le temps de chercher un peu partout avant que j’arrive ?

— Bonne mère ! Tu me prends pour une fada ? Il ne faut toucher à rien dans ces cas-là… fit-elle en agitant de nouveau les mains.

— Vous voulez dire : il ne faut pas toucher à « la scène du crime » ?

— Marco ! Que vas-tu imaginer encore !

— Rien.  Je suis un peu fatigué. C’est sans doute le voyage et je ne crois pas que la police apprécierait qu’il y ait autant de monde à la maison. Alors… si cela ne vous ennuie pas… fit Marco en prenant doucement la vieille dame par la main.

Offusquée, Clotilde se laissa ramener vers l’escalier de l’entrée en protestant. Elle rappela à Marco qu’elle était une bonne amie de son père et qu’elle s’était simplement inquiétée de son sort. Marco la remercia le plus poliment possible, mais le ton de sa voix était très froid.

Il remonta dans l’appartement de son père et reprit ses investigations. Il explora les lieux durant une bonne heure, à l’affût d’indices pouvant expliquer la disparition de son père, mais il ne trouva rien.

Il finit par se décider à appeler la police.

En attendant l’arrivée de l’officier de police, lequel lui avait formellement demandé de ne plus toucher à rien, il avait sorti son ordinateur portable et s’était connecté à Internet.

[1] Mit le désordre

[2] Ce bazar

[3] L’intrépide

[4] S’est fait voler

[5] Inquiété

[6] Ennuyer ton père

[7] Traduisible par « fils de pu… ! »

[8]  Interjection exprimant la démesure. Ex : « géant ! la vache !  »

[9] Se faire du mal

[10]  Des embrouilles

[11]  Chose sans importance

[12]  Endormi

Informations complémentaires

Poids535 g
Dimensions21.5 × 15.5 × 2.5 cm

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